À ce stade, il est urgent d’examiner :
•L’entre-soi imposé par l’Occident. L’Europe agit en permanence et subtilement pour empêcher le Sud global de passer du stade de fournisseur à celui de concurrent, avec parfois la complicité de quelques dirigeants locaux véreux ou incompétents.
Dans un livre intitulé « La Mobilisation générale », publié en 1979, Jean-Paul de Gaudemard démontre que la migration, avant d’être un problème social, est une nécessité économique.
Le phénomène est devenu mondial. Le travail se déplace vers les endroits où le capital a besoin de travailleurs, et la migration est le mécanisme qui permet au système productif de disposer de la quantité et de la qualité de travail dont il a besoin.
Le migrant est en réalité au centre de deux déséquilibres majeurs dans les :
•Pays de départ : trop peu d’emplois productifs, salaires insuffisants ; et dans les :
•Pays d’arrivée : manque de main-d’œuvre, emplois disponibles. Ainsi, la migration est le mécanisme qui relie ces deux marchés du travail. Pour lutter contre le phénomène, dans ses aspects illégaux et violents, il faut par conséquent plus d’emplois productifs dans les pays de départ et une démographie en croissance dans les pays d’arrivée.
Cette migration pose plus de problèmes lorsqu’elle importe des différences de cultures, de traditions, de religions, etc. Parce que la force de travail ce sont aussi, et surtout, des êtres humains dont il faut respecter la dignité.
Si l’on est incapable de les intégrer tout en ayant besoin de leur force de travail il faut agir autrement. Des solutions ont été imaginées, la délocalisation des investissements en est une.
Elle n’est pas suffisante, il faut également ouvrir les marchés et accepter la concurrence qu’elle peut alimenter. L’Europe s’y refuse.
Sur ce registre, le modèle américain a mieux géré les déséquilibres des marchés du travail.
Il ne s’agit pas, bien entendu, de glorifier l’impérialisme américain, dont l’histoire est marquée par les interventions militaires les plus dévastatrices (Japon, Vietnam, Irak…), mais force est de reconnaître que l’Amérique a offert à ses alliés économiques une véritable rampe d’accès à la prospérité mondiale.
L’Europe ne le fait pas. Son influence est héritée du colonialisme plus que de la puissance économique. Elle maintient le Sud global dans un état de dépendance structurelle et de subordination économique.
L’impérialisme américain propose (ou force) l’alignement géopolitique en échange d’un accès direct au marché américain et à des transferts de technologies majeurs. L’idée étant de faire grandir le partenaire pour en faire un client.
Ça a marché, malgré un passé meurtrier, avec ces même pays partenaires. Les exemples sont nombreux :
•Le Japon, intégré au circuit industriel américain jusqu’à devenir la deuxième puissance économique mondiale ;
•Le Vietnam, qui a vu son économie décoller grâce à son ouverture au marché américain ;
•L’Allemagne, grâce au plan Marshall, à l’origine de son « miracle économique » ;
•Les monarchies du Golfe, qui ont connu un développement infrastructurel et financier sans commune mesure avec celui des pays ayant fait le choix de l’alliance russe ou soviétique.
À l’opposé, le modèle développé en Europe s’inspire toujours de la logique coloniale.
•Dès qu’il gagne en productivité, l’accès aux marchés du Nord devient compliqué, bloqué par des barrières techniques et des normes phytosanitaires strictes.
•Le modèle d’échange est, à la fois, centré sur l’achat de matières premières ou de produits à faible valeur ajoutée et, activé pour capter les élites intellectuelles et médicales du pays. Une démarche déloyale qui prive le Maroc des leviers de son propre développement.
•Enfin, comment ne pas rappeler les conclusions d’un institut allemand des affaires internationales et de sécurité, la Stiftung Wissenschaft und Politik, lorsqu’il a recommandé, fin 2020, à l’Union européenne de freiner les ambitions du Maroc en Afrique et de réduire son soutien au Royaume face à la concurrence qu’il représentait pour l’Algérie et la Tunisie ?
Pour conclure, encore une fois, il n’est pas question de dire que l’impérialisme des États-Unis est « plus favorable » au développement.
En revanche, on peut dire qu’il a souvent associé domination géopolitique et intégration économique de ses alliés dans un vaste marché.
Le principe retenu par les États-Unis est le principe « fordien », développé par Henry Ford, qui consiste à dire qu’il faut améliorer les salaires des ouvriers pour qu’ils achètent les voitures produites par ses usines.
Des partenaires prospères grâce au marché américain, ce sont des clients pour les États-Unis. Cela ne veut pas dire non plus qu’il suffit de s’arrimer au bateau américain (ou à l’Inde, au Japon ou à la Chine) pour que la prospérité s’invite à la table.
Sans éducation, sans formation, sans sérieux dans le travail et sans lutte acharnée contre la corruption, toutes les portes du développement économique et social resteront durablement fermées.
Par Bargach Larbi.












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